Interview: Mauricette Schnider

Suite à un statut publié sur Facebook concernant des interviews de fans de hockey, de nombreuses personnes m’ont soumis l’idée de faire la mienne. Après avoir trouvé cette idée surprenante, j’ai mis au défi mes amis et connaissances de me poser eux-mêmes leurs questions. Très intéressantes et pleines d’humour, ça m’a vraiment motivée à jouer le jeu.

Quel est ton souvenir le plus drôle dans une patinoire ?
Lors du tournage de l’émission “Gens d’hiver” à Dübendorf, la RTS voulait filmer les joueurs me faisant un check avant le match et ceux-ci m’ont proprement ignorée en voyant la caméra. Ils pensaient qu’ils devaient montrer qu’ils étaient concentrés. Pas de check, pas un regard… Ca a été un grand moment de solitude mais maintenant j’en garde un souvenir très drôle. Depuis ce jour-là, c’est devenu une tradition de leur taper dans la main avant chaque échauffement et au début du match.

Avant un match, un grand événement, as-tu aussi comme beaucoup de joueurs un rituel, une manie voir même un toc ? Es-tu superstitieuse ?
J’ai un rituel très important et qui peut me gâcher tout un match si je ne le fais pas: la tape dans le gant de Remo Trüb, le gardien de Dübendorf, avant l’échauffement ainsi qu’a chaque tiers. Ma façon de l’encourager et me motiver moi aussi.
Je ne me rappelle plus quand on a commencé ce rituel mais c’est devenu LA chose la plus importante lors des matchs de Dübi.
Pour l’anecdote, deux ans de suite je suis arrivée en retard au bord de la glace lors des play-offs, Remo était déjà sur la glace et on a loupé notre rituel. Ces deux fois-là j’ai senti qu’ils perdraient leur match et seraient donc éliminés, et c’est ce qui est arrivé… Depuis, même si ce n’est plus gage de victoire assurée, c’est un besoin, au même titre que le rituel d’un joueur.
A cause de la pandémie j’ai été privée de ce moment parce que je devais me tenir à l’écart des joueurs. Finalement on l’a fait à travers la vitre, avant que je puisse retrouver ma place sur leur banc.
Le Capitaine de Dübi Silvan Hebeisen vient également me taper dans la main juste avant le coup d’envoi. Ces petites choses sont importantes pour moi.

A part ton job de photographe aurais tu fait carrière dans le hockey ?
Je ne suis pas née dans les années où le hockey féminin était reconnu et développé. Si j’en avais eu l’occasion c’est clair que j’aurais essayé. Depuis le jour où j’ai eu une canne dans les mains cette passion ne m’a plus jamais quittée et me manque encore souvent.

Que recommanderais-tu à un/e jeune qui voudrait commencer le skater ou le hockey ?
Je lui dirais d’écouter son coeur et de faire ce qui lui plaît vraiment. De se donner à 200% pour aller au bout de son rêve. Le hockey est une vraie école de vie, qui cumule les performances en équipe, mais surtout un partage, de l’entraide, des amitiés, une ambiance, l’envie de gagner pour et avec ses coéquipiers. Des joies telles que seul le sport peut nous offrir.

Pourquoi avoir choisi le hockey en particulier comme sport?
Ma cousine m’a emmené à mon premier match de hockey en 1989. Mon amour pour ce sport a débuté ce soir-là et ne m’a plus jamais quittée. Le hockey est pour moi le plus beau sport du monde.

Quel est ton moment le plus embarrassant dans une patinoire?
Il y a quelques années j’étais allée couvrir la finale des U17 Elite Genève-GCK aux Vernets. Après leur victoire, l’entraîneur genevois s’est fait arrosé d’un seau d’eau au beau milieu de la patinoire. A l’affût de belles photos, j’ai voulu courir sur la glace pour ne rien rater, mais je n’ai pas vu toute cette eau et je me suis retrouvée comme Bambi, les quatre fers en l’air avec une impossibilité de me remettre debout, devant 1300 personnes… C’est Igor Fedulov qui est venu à mon secours pour me relever…

As-tu toujours une confiance aveugle avec ton GPS ?
Je n’ai plus aucune confiance en mon GPS, je teste mon sens de l’orientation en faisant le contraire de ce qu’il m’indique 😂😂😂

Combien de puck as-tu reçu dans la tête ?
Un seul, le 15 décembre 2018 à Wichtrach. Mon pire souvenir de hockey que je ne souhaite à personne. Suivi d’une commotion, d’une grande perte de mémoire et de problèmes d’élocution. A l’heure actuelle je ne me considère pas encore remise à 100%. Depuis j’ai reçu un casque aux couleurs de Dübendorf.

As-tu eu une fois très peur d’interwiever un joueur ? Et si oui qui est-ce ?
Comme je suis libre d’interviewer qui je veux, je n’ai jamais connu ce genre de problème.

Combien de kilomètres parcours-tu chaque année pour cette magnifique passion qu’est la photo ?
Je n’ai jamais calculé, je supplie seulement ma voiture de tenir le plus longtemps possible 😂. Je ne connais pas le nombre de kilomètres, mais je fais entre 160-170 matchs par saison.

Explique-nous une journée ordinaire dans ta vie ? Bon courage 😂
C’est le même programme que chaque mère de famille, à savoir le ménage, les courses, la préparation des repas, les devoirs, tout ce qu’il faut gérer dans la vie de tous les jours. En hiver, je pars aux alentours de 17h pour les matchs et je rentre vers minuit ou une heure, selon la destination.
L’été, je dois m’occuper du jardin, des légumes, des confitures, et tout ce que je n’ai pas le temps de faire l’hiver, comme les peintures, rangements et nettoyages de la maison. Très occupée mais beaucoup plus de temps passé chez moi.
Depuis mars, mon site internet me prend également une bonne partie de mes journées.

Tes cinq moments préférés dans ta vie ?
Hormis les évènements majeurs de ma vie privée, je dirais:
-la venue de Diana di l’Alba à côté de chez moi, mon groupe de musique corse avec qui je suis devenue amie au fil des étés passés sur l’île de Beauté. Notre week-end passé ensemble reste un souvenir fantastique !

-le dernier match de Jann Falett, le capitaine de Dübendorf, contre le HC Sierre. L’hommage qu’on m’a permis de lui rendre devant des milliers de personnes à Graben. Un moment stressant au plus haut point, tant la tension était à son comble entre les deux équipes. Un moment fort en émotion.

-la victoire de Dübendorf à Huttwil le 25 mars 2018, le premier titre de Champion suisse MSL. Le retour en car avec l’équipe ce soir-là, et tous les moments passés avec cette équipe depuis 2014. Ils font désormais partie de ma vie.

-le titre de Champion suisse de Sayaluca, aussi en 2018. Ce club est devenu une famille, comme celle de Dübendorf, avec des personnes exceptionnelles. Je suis chez eux comme à la maison.

-toutes les Coupes d’Europe de skater, en Suisse, en Croatie, Danemark, Autriche, Hollande, Allemagne… Chaque évènement européen est unique et m’a offert une quantité incroyable de belles rencontres et de moments fantastiques. Certainement ce qui me manque le plus dans cette période de pandémie…

-les deux week-end passés à Iserlohn dans le nord de l’Allemagne pour la finale des play-offs de skater Iserlohn-Kaarst en 2017, l’un avec mes filles et le second chez le gardien de l’équipe. Expérience incroyable, mes visites étant à chaque fois une surprise pour eux, tout comme les deux finales de la Coupe d’Allemagne à Assenheim.

-la hola que les supporters de Sierre m’ont faite le jour de la finale de MSL face à Martigny. Quand j’ai entendu mon prénom scandé par des centaines de personnes, un mur rouge et jaune devant moi, tellement impressionnant que j’ai mis du temps à réaliser que c’était réellement moi qu’ils appelaient. J’ai des souvenirs particuliers avec ce club.

-j’en ajoute un sixième: la victoire d’Ajoie en Coupe suisse, avec des milliers d’Ajoulots “descendus” à Lausanne, une ambiance qu’on vit une fois dans sa vie, tellement heureuse d’avoir été là ! Comme le titre de Champion suisse remporté le 1er avril 2016 à Porrentruy.

Qu’est-ce qui le plus important pour toi chez un être humain ?
La politesse, le respect et l’honnêteté.

Après les matchs, raclette ou spaghettis?
Peu importe le menu du moment qu’on est avec des personnes qu’on apprécie. (Pour répondre, j’aime les deux 😜 )

Dübendorf ou Ajoie ?
Pendant longtemps ça a été Ajoie. Pendant longtemps ça a été Dübendorf. Depuis, j’ai appris à apprécié chaque facette de ces deux clubs et ils font partie de ma vie tous les deux. Ajoie est mon club d’origine, mes couleurs. Dübendorf c’est le côté famille, le fait d’être intégrée comme un membre à part entière de l’équipe, du club. J’aime son côté amateur, humain, conjugué à une volonté de travail professionnel. Tous deux sont mes clubs de coeur. Je rêve d’un match Ajoie-Dübendorf.

Est-ce qu’une grande tension nerveuse empêche de faire de bonnes photos?
Clairement oui ! Quand les émotions sont trop fortes j’en perds mes moyens et je suis souvent déçue de mon travail (même si on me dit le contraire). J’ai perdu tous mes moyens lors du titre de Dübendorf à Huttwil et de Sayaluca à Bienne, je n’arrivais plus à prendre les photos, submergée par la joie de leur victoire.
Idem avec les personnes qui se comportent mal vis-à-vis de moi, je peine à les photographier. Pour faire des photos qui dégagent une belle émotion il faut la ressentir soi-même à travers l’objectif.

Qu’est-ce que tu aimerais encore pouvoir faire dans 10 ans ?
Pouvoir continuer de faire des photos sans pour autant que le jeunes joueurs m’appellent mamie 😂

Quelle est la phrase la plus surprenante que l’on t’ait dite quand tu dis “je suis photographe de hockey/skater” ?
Quand j’ai débuté, c’était surtout les regards des gens qui surprenaient, genre “Elle fait quoi ici celle-ci”
Au skater, les joueurs me connaissaient depuis le hockey, je me suis toujours sentie à ma place.

Est-ce qu’on t’a déjà arrêté dans la rue pour te demander ta recette de soupe, suite à la fameuse émission télé ?
La recette non, mais je me rappelle d’un match à Sierre juste après la diffusion de l’émission, où les gens me criaient depuis les tribunes “Elle était bonne cette soupe?”

Tu penses changer de GPS pour que tu ne te perdes plus en allant aux matchs ?
Non non. En m’envoyant au mauvais endroit il m’oblige à réfléchir par moi-même. Ne jamais faire totale confiance à l’électronique 😅

Corse ou patinoire, ou les deux ?
Corse l’été et les patinoires l’hiver. Mais je me suis rendue compte que je peux me passer de hockey, mais pas de mon île.

Si tu étais un entraîneur de hockey, ça serait de quelle équipe ?
Quand j’ai recréé l’équipe féminine du HCA, j’avais pris à coeur d’apprendre le patinage aux nouvelles joueuses et j’adorais voir leur progrès et les motiver. C’est quelque chose que j’adorerais faire mais je n’en ai pas les compétences. Et si je devais être entraîneur, ça serait avec les plus petits, parce que j’adore leur soif d’apprendre et leur motivation.

Est-ce que quelqu’un a déjà reconnu ton mari en disant “hé, vous êtes le mari de Mauricette, la photographe” ?
Ca arrive régulièrement, surtout depuis la diffusion de l’émission de la RTS. Mon papa a eu les mêmes commentaires, je trouve ça très drôle.

Le thé dans le vestiaire des arbitres, ça dépend qui c’est ?
Ca dépend surtout si on m’y invite. Mais sinon oui, j’ai mes préférences, parce que certains arbitres sont devenus de vrais amis.

Est-ce que tu arrives à mettre tes émotions ” dans ta poche” quand tu couvres un match, quitte à ce qu’elles arrivent en tsunami après ?
Quand ce sont mes équipes de coeur, c’est très très compliqué, surtout lors des matchs importants. Je suis avant tout une supportrice de hockey, et garder mon calme (surtout en cas d’injustices sur la glace) mettent mes nerfs à rude épreuve. A la fin des play-offs je suis d’ailleurs épuisée à cause de ça.

Quels sont les trois objets les plus importants pour toi :
Le bracelet que Guy Fuligni de Diana di l’Alba m’a offert à Bassecourt. Un moment très émouvant pour me remercier quand je leur ai remis l’album photos que je leur avais préparé.
Les médailles d’or de Dübendorf et Sayaluca surtout, et toutes les médailles que je reçois en général, les maillots, les cadeaux qu’on m’offre chaque année. Tous ces gestes me touchent beaucoup.
Le maillot de Remo Trüb, que j’ai espéré pendant trois ans avant qu’il vienne me l’offrir lui-même lors d’un match. C’est devenu ma mascotte lors de leurs rencontres à domicile.

Comme c’est ta passion, raconte-nous ta photo la plus rigolote, ou ridicule. Et la plus sérieuse, ou la plus belle…
Les plus marrantes restent celles des arbitres qui tombent sur la glace. Je suis devenue leur terreur à cause de ça 😂.
Parmi les plus belles, j’ai en mémoire celle de Philip-Michaël Devos sous une pluie de champagne, le saut de Remo Giovannini par-dessus un joueur, Remo Trüb à Huttwil lors de son check avec son chef matériel, le baiser sur la joue de Charly Corbat à son petit-fils Steven Barras et celle qui décore mon salon, Nicholas Boka champion du Monde U18 avec les USA. Mais j’ai fait tellement de photos que j’en oublie…

Avec la nouvelle situation sanitaire, comment imagines-tu l’avenir de ton métier (les + et les -) :
Le positif, à part dans les tests, je n’en vois pas… J’ai peur pour l’avenir des clubs, leur santé financière, les faillites possibles. Mon métier s’adaptera, je ne pense pas que ça change quelque chose.
Ce qui est plus compliqué c’est de trouver une place de travail dans les nouvelles patinoires qui ne pensent pas forcément aux photographes.


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