Interview de Malo Gfeller: « Mon choix est mûrement réfléchi »

Mauricette Schnider

On apprenait cette semaine le retrait de Malo Gfeller, 18 ans, à la porte du hockey professionnel. Entre études et sport, il nous explique ce qui l’a poussé à faire ce choix.

Malo, tu as décidé de faire passer tes études au premier plan en mettant de côté le hockey. Peux-tu nous expliquer en quelques mots vers quel métier tu te diriges et quel sera ton parcours d’étudiant?

Malo Gfeller: J’ai toujours adoré les sciences. J’ai donc choisi de faire l’école polytechnique de Lausanne en chimie et plus tard me spécialiser en génie chimique. Évidemment, mon choix n’est pas fixe, portant aussi beaucoup d’intérêt pour la physique ou encore la biologie je me laisse guider par mes découvertes dans le monde stimulant que sera l’EPFL.

Tirer un trait sur le hockey, une décision prise récemment ou mûrement réfléchie?

Honnêtement, être hockeyeur professionnel n’a jamais été un réel objectif pour moi, les coéquipiers avec qui j’ai grandi le savent très bien. Mais quand j’ai commencé à jouer avec la première équipe du HC Ajoie, cette vision des choses a été remise en question. J’ai longtemps douter, puis je me suis imaginé à l’âge de 30 ans, en fin de carrière de hockeyeur, et je pense que j’aurais eu un sentiment d’inaccompli que je ne saurais expliquer.
Avec ceci, la saison suspendue à cause du covid en plus de ma blessure m’ont fait prendre conscience que ma vie était rythmée par le hockey et j’ai eu l’impression que ça me limitait. Je suis peut-être trop curieux pour m’astreindre à la rigueur du sport toute ma vie. J’ai aussi pu voir cette saison ce qu’était la vie et la mentalité de sportif professionnel et j’ai vite remarqué que je ne jouais pas assez avec les émotions pour pouvoir prétendre devenir joueur de National League, c’est une force primordiale qui me manquait.

Est-ce un choix personnel ou l’impossibilité de pouvoir cumuler les deux par manque de structures et d’organisations adaptées?

Je savais depuis un moment que j’aurais ce choix à faire. J’y ai réfléchi pendant des mois : continuer quelques saisons, faire études et hockey… puis, n’ayant pas de réelle proposition de clubs et voulant découvrir un monde différent, j’ai choisi de me consacrer pleinement aux études et d’investir le temps que je mettais dans le hockey dans d’autres projets.

Après tant d’années passées dans les patinoires, avec tes coéquipiers, ton frère, avec un papa hockeyeur, appréhendes-tu le vide que va forcément te laisser ce changement de vie?

Les amis vont me manquer plus que le sport. J’aimais faire un sport d’équipe, et je pense que je ne serais pas la même personne sans la sociabilité que le hockey m’a apportée. Je sais que ce choix affectera grandement mon futur mais je pense que j’y ai assez réfléchi pour ne pas redouter le regret. J’ai même hâte de me lancer dans une nouvelle vie.

Cette saison, tu as participé à plusieurs matchs de National League avec Ajoie, un rêve réalisé? Parle-nous de ton ressenti, ce que t’as apporté d’évoluer dans ton club d’origine, devant l’un des meilleurs publics de Suisse dans une patinoire comble?

Ce sont évidemment les plus beaux souvenirs que je garde de ma carrière. Je me sais très chanceux d’avoir vécu ça et ne serai jamais assez reconnaissant de la bienveillance des joueurs du HCA, des coachs, ou encore des spectateurs. N’ayant jamais eu la prétention de jouer en NL, me retrouver sur la glace avec mon club formateur dans la meilleure ligue suisse était d’autant plus beau.

Comment réagit ton entourage, tes amis, face à cette décision de te retirer, à seulement 18 ans et à la porte du hockey professionnel?

Pour mon entourage , ce n’est pas une surprise. Ils savent que j’ai besoin d’être stimulé autrement que par le sport et connaissent mon côté plus solitaire, avide de connaissances qui contraste avec l’image du Malo sportif et social… Mes coéquipiers et amis savent aussi que je ne regarde que très rarement des matchs de hockey et que parfois la motivation manquait, ils se doutaient donc bien que je n’allais pas faire du hockey ma vie.

Penses-tu remettre un jour les patins?

Pour l’instant non, j’ai encore trop envie de profiter de ce temps libéré pour m’imaginer recommencer.

Quels sont tes souvenirs les plus marquants de ta carrière?

Mon plus beau souvenir reste mon tournoi Pee-Wee au Canada. Ça a été une expérience sportive incroyable et j’ai eu la chance de la partager avec un grand ami, Lilian Garessus. Aujourd’hui nous en parlons, et en rigolons encore.

Comme autre souvenir marquant il y a eu la victoire en Coupe suisse contre les ZSC Lions. J’avais fait seulement 1 ou 2 matchs de Swiss League et je me rappelle avoir reçu en classe ce message qui me demandait si j’étais libre le soir pour jouer. J’ai vérifié trois fois si le match était effectivement contre Zürich et quand j’ai réalisé, le stress montait déjà alors que j’étais encore en cours.
J’étais sur la glace à la sonnerie finale, les supporters ont explosé de joie et je ne comprenais plus vraiment ce qu’il se passait. Évidemment, la victoire de cette Coupe suisse par la suite rend d’autant plus belle cette expérience. Et pour conclure, je dois avouer que je n’oublierai aucun de mes matchs en ligue nationale : l’ambiance folle à Ajoie, la PostFinance Arena, le public d’Ambri, tout restera gravé.

Quels conseils pourrais-tu donner aux jeunes qui seraient confrontés au même choix que toi, études ou hockey, comment choisir sans rien regretter?

D’une part, y réfléchir longtemps et ne rien annoncer sur un coup de tête. C’est une règle que mes parents m’avaient déjà imposée quand j’ai voulu arrêter Bienne et l’équipe suisse et je pense que ça m’a effectivement permis de ne regretter aucune de mes décisions. D’autre part, il faut être critique sur la vie de sportif et être conscient qu’elle demande beaucoup de sacrifices quand on est jeune et qu’une simple blessure peut changer complètement notre vie. Malgré tout, les émotions ressenties sur la glace devant un public ne se retrouvent nulle part ailleurs, c’est ça qui rend le choix très compliqué…

Merci Malo pour toutes ces années sur la glace. Je profite de ce message pour te féliciter pour ton courage et te souhaiter bonne chance pour la suite.

Malo Gfeller avec les U20 Top d’Ajoie

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